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interview jean-Marc Bailleux, 2000 (25-12-2014)

Interview en 2000, de Jean-Marc Bailleux

Festival « l’hommage à l’acteur » de Pont de Claix

pour la création de « L’imitateur » de Thomas Bernhard

 

·        Plateau nu, texte choisi et vous seul sur scène, qu’est- ce que cela représente aujourd’hui dans votre parcours ?

Pour le comédien, ” jouer seul” pourrait  être un acte narcissique ou misanthrope, mais en réalité, il ne joue jamais seul.  Pour ma part, je le vois plus comme un travail de laboratoire où le comédien Jean-Marc Bailleux cherche l’auteur Jean-Marc Bailleux.  Depuis quelques années,  je partage  les plateaux de théâtre (en équipe pour jouer Shakespeare, Brecht et  des  contemporains comme Vinaver et Bolger) et la solitude de l’écriture dramatique.

En m’attaquant à un portrait déguisé de Thomas Bernhard,  au sous-titre  “Cabaret autrichien”,  je vois un prétexte à l’humour féroce pour traiter de l’hypocrisie de notre société et de ceux qui la gouvernent  à tous les niveaux.

Rien qu’au niveau théâtral, il y a de quoi rire :

Vilar disait à peu près en ces termes “Faites nous une bonne société, nous vous ferons un bon théâtre.” Cette remarque est au cœur de mon petit laboratoire où je ne désire pas suivre obligatoirement mes “maîtres anciens” du théâtre.

“Trop  d’auto-mises  en scène soixante-huitardes  omnipotentes, trop de comédiens-marionnettes, trop de répertoire poussiéreux, trop de guéguerres “privé-public” qui n’en sont pas, trop de mots et d’idées sous le label “Service Public”, trop d’amitiés sélectives, trop d’absence de risques, trop de “modernisme” daté,  trop de spectacles -pas assez de répétitions, trop de salles à moitié vides  ou à moitié pleines !...”

Vous voyez le théâtre ne cesse de coller à la réalité, la  réalité du politique et de l’économique, hélas !

 

·        Est-ce qu’on est comédien dès lors qu’on le décide ?

Je serais tenté de dire que seul le public décide pour vous.

Le jour où j’ai  joué dans une  compagnie semi-professionnelle devant 2400 spectateurs hilares,  je me suis dit que j’étais prêt à me consacrer au travail de comédien.

Après,  il y a le déterminisme social, comme on sait.  Je venais d’un milieu très modeste culturellement, et je me contentais de faire du théâtre dans l’entrepôt de l’épicerie familiale en “imitant” certains clients et les VRP.  Pour moi, comédien, c’était pour une autre classe sociale. Heureusement, il y a eu l’école et un atelier théâtre et puis des rencontres humaines, des metteurs en scènes, pédagogues qui m’ont fait découvrir ensuite des textes que j’aimais avec ma voix et mon corps.

Je  crois qu’on ne décide pas si l’on est ou non comédien. 

A un certain moment, on sait, à travers le regard des autres, si on l’est profondément ou pas. J’apprends toujours dans ce métier, parfois dans le plaisir, d’autres fois dans la douleur.

Ce travail est un peu comme un parcours, et on ne peut décider à l’avance ce qu’il sera. Le comédien est dans l’instant et ses plans de carrière à long-terme sont aléatoires.

 

·        Pourquoi avoir choisi Thomas Bernhard ?

C’est d’abord, au titre d’auteur dramatique, que j’ai lu avec curiosité Thomas Bernhard. Après avoir écrit quatre pièces dont deux ont été mises en scène (1)), j’ai eu besoin de comprendre ce qui me faisait écrire pour le théâtre.

En interrogeant l’œuvre de  Bernhard, les personnages de ses romans et de ses pièces me répondent en parlant (comme “Le funambule” de Genet) de “ cette région désespérée et éclatante où opère l’artiste ”, au cœur de l’exagération scénique, du grotesque et du scandale.

·        Pourquoi avoir choisi “L’imitateur” ?

Si je rassemble mes expériences de comédien, je retiens ceci : il y a dix ans, je sillonnais la France en jouant seul deux spectacles burlesques. Depuis, je suis devenu l’interprète de Shakespeare, Tchekhov, Brecht et de pas mal de contemporains dont Tomeo, Vinaver, Jugnon, Bolger...

Aujourd’hui, je me sens prêt à relever le défi pour jouer, seul sur un plateau, une écriture contemporaine aussi difficile que celle de Bernhard, qui fait cohabiter sans cesse le tragique et le comique, qui se joue de la musicalité  et des formes littéraires.

 

J’éprouve déjà une certaine fierté de jouer ce  montage de “L’imitateur” qui, à ma connaissance,  n’a jamais été monté au théâtre. Même si Thomas Bernhard est aujourd’hui un auteur reconnu et toujours en vogue dans les théâtres européens.


·        Pourquoi jouer seul ?

Tout comme le théâtre (le reflet de notre monde), le comédien doit sans cesse se remettre en question.

Je salue ici l’initiative de” l’hommage à l’acteur” de Pont de Claix qui me permet de mettre en chantier avec Philippe Guyomard  L’imitateur”, avant sa création la saison prochaine (2) .

Jouer seul, c’est sans doute un acte de misanthropie bouffonne que je m’octroie pour espérer le théâtre que je ferai  demain. Thomas Bernhard ne me contredira pas dans cette citation : “Je désirais vivre en état de permanente opposition. Voilà pourquoi j’écris de la prose.”